Le 17 juin 2026, les Fromages AOP de Normandie lancent une campagne régionale d'affichage signée par l'agence indépendante Asgard. Pas de gros plan vapeur sur un camembert coulant, pas de plateau gourmand léché en studio. Une série de portraits frontaux, en lumière naturelle, devant les fermes et les ateliers d'affinage. Sur chaque visuel, la même phrase manuscrite barre le cadre : Le goût, ça se protège. Une signature qui dit en six mots ce que la filière essaie de défendre depuis des années.

Mettre des visages sur une appellation

Le parti pris créatif est simple. À l'image de marque léchée, Asgard préfère le portrait social. Sur les affiches, on voit des éleveuses qui rentrent du pré, des affineurs qui sortent d'une cave, des fabricants en blouse blanche debout devant leurs claies de séchage. Tous regardent l'objectif sans chercher à poser. Les vêtements de travail sont sales, les murs sont en pierre ou en brique, les volets sont vert sapin. La campagne assume une esthétique documentaire, plus proche du reportage que du film publicitaire. Une manière de rappeler que derrière le mot AOP, il y a des gens, des gestes et des terres.

Bannière déclinant trois affiches imprimées de la campagne Le goût ça se protège signée Asgard pour les Fromages AOP de Normandie en juin 2026, format portrait vertical, à gauche un groupe de trois personnes en tenue de travail devant le mur d'une ferme et trois fromages ronds posés sur leur cagette en bas, au centre deux affineurs en blouse bleue et veste verte en intérieur d'atelier avec des camemberts au premier plan, à droite trois fabricantes en charlotte et blouse blanche dans la fromagerie avec un livarot et un pont-l'évêque sur leur cagette
Trois affiches déclinées pour chaque maillon de la filière : élevage, affinage, fabrication. Chaque visuel finit par un fromage AOP posé sur sa cagette.

Une signature qui assume le politique

« Le goût, ça se protège » est plus qu'une accroche. C'est une prise de position. Les AOP (appellations d'origine protégée) sont régulièrement contestées par les industriels de la grande consommation, qui voudraient pouvoir vendre du camembert moulé à la louche sans le faire en Normandie, ou du pont-l'évêque sans cahier des charges strict. La campagne ne dit pas frontalement « attention, on nous attaque », mais le sous-texte est limpide. Protéger, c'est un verbe d'action, et la signature manuscrite, écrite à la main comme un mot griffonné sur une cagette de marché, vient renforcer le côté artisanal et personnel de l'engagement.

Un dispositif régional, mais qui parle au pays

La campagne est déployée en print et en digital dans les principales villes normandes (Caen, Rouen, Le Havre, Cherbourg, Évreux), avec une visibilité forte autour des marchés et des gares. Mais l'enjeu dépasse la région. À l'heure où les appellations d'origine françaises sont prises en étau entre la pression industrielle, le réchauffement climatique qui change la flore des prés, et la concurrence des fromages industriels à coquille pasteurisée, mettre en avant les visages de la filière, c'est aussi un message envoyé à tout l'écosystème agricole français. Une manière de rappeler que la défense des AOP est un combat collectif, qui démarre dans le pré et finit dans nos paniers.