Suivre un échange de tennis quand on ne voit pas, ou mal, relève de l'impossible. La balle file, rebondit, change de trajectoire, et il ne reste souvent qu'à attendre l'annonce du point. Pour les 285 millions de personnes concernées dans le monde par une déficience visuelle sévère, le sport en direct se vit largement en retrait. Depuis le 29 juin 2026, Wimbledon décide de s'attaquer frontalement à ce plafond de verre.
Deux technologies fusionnées en un seul flux
Le dispositif repose sur la fusion de deux briques jusqu'ici séparées. Action Audio, signée AKQA, convertit les données de suivi de balle et de joueurs fournies par Hawk-Eye en un paysage sonore 3D en temps réel. Le spectateur entend la vitesse d'un coup droit, la trajectoire d'un lob, la proximité d'un passing par rapport à la ligne. En parallèle, HawkAR, développée par Hawk-Eye Innovations, superpose à l'image un calque visuel à fort contraste des points de rebond et des lignes de frappe, pensé pour les personnes malvoyantes qui gardent une acuité résiduelle. Les deux couches sont synchronisées à la milliseconde, sur chacun des points joués sur le Centre Court des matchs de simple.
Cinq ans d'itération, de Melbourne à Londres
L'idée n'est pas née à Wimbledon. Action Audio avait été présentée dès 2021 à l'Open d'Australie, dans un projet pro bono mené par AKQA avec Tennis Australia et l'université Monash, déjà co-conçu avec la communauté aveugle et malvoyante. Cinq ans plus tard, l'intégration à l'infrastructure de Hawk-Eye, déjà présente sur des dizaines de tournois majeurs, fait passer ce marketing sensoriel du statut d'expérimentation à celui de standard, déployé sur l'un des tournois les plus regardés au monde. Le passage d'un prototype de recherche à un flux grand public en cinq saisons, c'est aussi ce qui rend le modèle facilement réplicable ailleurs.
L'accessibilité comme expérience, pas comme case à cocher
Là où beaucoup de marques traitent l'accessibilité comme une obligation réglementaire, ce dispositif la place au cœur du récit. Le flux a été construit directement avec les membres de la communauté concernée et validé par la RNIB (Royal National Institute of Blind People), dont le chargé de recherche Jonny Marshall y voit « un vrai saut en avant pour l'égalité d'accès au spectacle sportif ». Côté agence, Tim Devine, Global Chief Invention Officer chez AKQA, résume la bascule : « Action Audio a commencé comme une expérimentation autour d'une question, le son seul pouvait-il porter la dramaturgie d'un échange de tennis. Cinq ans plus tard, associé à HawkAR et déployé à Wimbledon, ça devient une déclaration : l'accessibilité n'est pas une fonction en plus, c'est l'expérience. »
Un modèle appelé à dépasser le tennis
Pour Wimbledon, l'opération prolonge une tradition d'innovation au service de l'expérience spectateur, portée côté institution par Paul Davies, directeur associé broadcast, production et droits médias du club. Côté industriels, Ben Crossing, CEO de Hawk-Eye Innovations, insiste sur un point : « Hawk-Eye a passé deux décennies à rendre visible ce qui ne l'était pas. HawkAR étend cette mission aux fans qui ont été sous-servis par la diffusion traditionnelle. » Traduction concrète : la même architecture de tracking existe déjà en football, cricket, rugby, baseball. Le passage à l'échelle est technique, plus qu'expérimental.