Un objet du quotidien peut-il porter un message écologique sans virer au sermon ? C'est le pari de la Sea Level Rise Chair, une assise imaginée par le designer italien Tobia Zambotti, basé à Reykjavík. Là où beaucoup empilent les images anxiogènes, il préfère un objet léger, presque ludique, pour maintenir la conversation ouverte sans en diminuer l'enjeu. Une bouée orange fluo perchée sur quatre pieds, plantée au bord d'un glacier islandais : l'image tient sur une carte postale, et pourtant tout un discours écologique s'y niche.

Un chiffre qui donne le vertige

Le point de départ du projet est une donnée brute. Selon la NASA, le niveau global des mers atteignait en 2020 un pic de 91,3 millimètres au-dessus de la moyenne de 1993, soit le plus haut relevé annuel enregistré par les satellites. Depuis, la tendance ne fait que s'accélérer. Derrière son allure décalée, la Sea Level Rise Chair prend racine dans cette réalité mesurée, et non dans une simple posture esthétique. C'est un objet documentaire, mais qui refuse le costume gris du documentaire.

Photographie diurne en plan rapproché horizontal de la Sea Level Rise Chair de Tobia Zambotti posée sur un ponton en bois foncé à Reykjavík en juillet 2026, chaise structure métallique fine orange vif à quatre pieds inclinés supportant une bouée de sauvetage circulaire orange à bandes réfléchissantes grises et corde blanche tressée qui pend, au premier plan à droite un bollard en bois foncé peint d'orange écaillé fixé par une pièce métallique rouillée, arrière-plan flou d'un port d'Islande avec deux bateaux de pêche blancs à coque rouge alignés le long du quai et devanture d'un hangar portuaire vert turquoise à plusieurs fenêtres, sol du quai en lattes de bois foncées et bandes latérales peintes en jaune et rouge, atmosphère grise et humide de matin océanique nordique
Devant le port de Reykjavík, la bouée retrouve son environnement natif. Toute la démarche du designer tient dans ce va-et-vient entre nature glacée et infrastructure portuaire. Crédit : Tobia Zambotti.

L'upcycling comme geste créatif et accessible

Le vrai insight du dispositif tient dans sa méthode. En redonnant vie à une bouée inutilisée, Tobia Zambotti montre que le réemploi n'exige ni technologie ni budget démesuré : il suffit d'un regard neuf sur un déchet. Ce parti pris fait de l'objet un manifeste discret en faveur de l'upcycling, et un rappel que la créativité peut nourrir la sobriété plutôt que la consommation. À une époque où les industries du design se cherchent des labels verts, la démonstration est nette : la matière est déjà là, il suffit de savoir la voir.

Une bouée qui devient symbole

Le choix de l'accessoire n'a rien d'anodin. La bouée évoque la mer, le sauvetage et cette idée d'une planète qui lutte pour rester à flot. Sa couleur orange vif fonctionne comme un signal d'alerte visuel, un code marketing sensoriel qui capte l'œil et fixe le message. L'assise devient alors un vrai déclencheur de discussion sur la responsabilité environnementale, sans slogan, sans hashtag et sans jamais brandir le doigt. Un objet, un contexte, une image, et le débat s'installe tout seul.

Le sérieux dit avec le sourire

Cette légèreté assumée est au cœur de la démarche. « On ne peut pas stopper la montée des eaux, mais on a encore une chance de la ralentir : chaque action compte et chacun peut contribuer. Il est important d'alimenter la discussion autour du sujet », explique le designer. Une manière de rappeler qu'un dispositif créatif bien pensé peut porter un propos militant sans jamais assommer celui qui le reçoit. À Copenhague, l'architecte Bjarke Ingels avait fait le même choix en 2022, en installant quinze bancs surélevés d'un mètre pour matérialiser la mer à venir. Deux registres, une même conviction : l'humour et la démonstration frappent plus fort que la culpabilité.