Le 13 juin 2026, après la visite du pape Léon XIV à la Sagrada Família, le ciel de Barcelone s'embrase. Sept cents drones se lèvent au-dessus de la basilique encore en chantier et assemblent lentement le visage d'un homme mort il y a exactement cent ans : Antoni Gaudí, percuté par un tramway le 7 juin 1926. La direction artistique est confiée au studio catalan d'Igor Cortadellas.

Une chorégraphie qui parle catalan

Les drones ne se contentent pas de dessiner un portrait. Ils orchestrent une séquence narrative : Gaudí émerge dans le ciel, torse et visage tournés vers son église, puis sa phrase la plus citée s'inscrit en lettres lumineuses, dans sa langue : Primer l'amor, després la tècnica (« D'abord l'amour, puis la technique »). Le choix du catalan, dans une cérémonie internationale, est un geste politique discret et juste : Gaudí n'a jamais cessé d'être catalan, et son église non plus.

Deuxième plan du spectacle de drones du 13 juin 2026 à Barcelone, les drones forment cette fois la phrase d'Antoni Gaudí Primer l'amor, després la tècnica écrite en lumière au-dessus des flèches éclairées de la Sagrada Família, foule rassemblée sur l'avinguda Gaudí en contrebas, fumée d'ambiance bleutée flottant dans la nuit catalane
Les drones inscrivent la phrase de Gaudí en catalan. Au sol, l'avinguda Gaudí est saturée.

Le centenaire d'un chantier infini

1926-2026 : cent ans après la mort de son architecte, la Sagrada Família n'est toujours pas achevée. C'est l'un des derniers grands chantiers européens dont la durée se compte en siècles. La cérémonie du 13 juin marque l'inauguration de la tour de Jésus, à 172,5 mètres, qui propulse la basilique au rang de plus haute église du monde, devant la cathédrale d'Ulm. La phase finale, prévue pour 2034, doit ajouter les six dernières flèches.

Un format scénographique en train d'inventer ses règles

Le show de drones n'est plus un gadget. Depuis Tokyo 2020, Shanghai, et plus récemment LEGO Barcelone, c'est un format scénographique à part entière, qui remplace progressivement les feux d'artifice dans les villes contraintes par le bruit et la pollution. Cortadellas ajoute ici une dimension narrative qui manque souvent à ces shows : le drone n'illustre pas, il raconte. Une étape de maturité pour la discipline.