Fin juin 2026, le Royaume-Uni suffoque. Le pic est enregistré le 24 juin à Gosport, dans le Hampshire, à 36,7 °C. À Londres, la chaleur ne redescend pas la nuit et le béton chauffe autant en surface qu'en sous-sol. C'est là que Greenpeace UK a choisi d'aller poser un débat qu'on garde souvent poli et abstrait : et si la vague de chaleur avait un sponsor ? Réponse en autocollants dans le métro : Shell.

Baking Street, London's Burning, Hottenham Court Road

Sur les panneaux ronds emblématiques (le fameux roundel rouge et bleu qui indique le nom de chaque station), les militants ont collé des étiquettes de la même typographie. Résultat : Baker Street devient Baking Street. London Bridge devient London's Burning. Tottenham Court Road devient Hottenham Court Road. Chaque nouveau nom est accompagné de la mention « Avec l'aimable autorisation de Shell ». L'opération ne s'arrête pas là : des autocollants « Vague de chaleur : grâce à Shell » ont aussi été apposés sur les affiches institutionnelles qui donnent les consignes de sécurité par temps de canicule. Kiosques à journaux et bornes interactives ont subi le même traitement.

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Photographie prise en plan large à Baker Street pendant la campagne Greenpeace UK sur les stations rebaptisées du métro londonien, panneau rond London Underground à cercle rouge et barre bleue collé du nouveau nom BAKING STREET en typographie blanche caractères stencil serrés, en fond mur en carrelage blanc à joints noirs typique de la station Baker Street ligne Bakerloo silhouette pochoir de Sherlock Holmes en gris à gauche du panneau, banc gris et jaune vide en amorce en bas à gauche, cadrage frontal et vide de voyageurs qui montre le détournement de manière calme et documentaire, scène complètement différente du plan London Bridge en cover
À Baker Street, le pochoir de Sherlock Holmes reste. Le panneau, lui, annonce Baking Street. Crédit : Greenpeace UK.

Des images thermiques à 56 °C au sol

Pour éviter de rester dans le seul registre du gag protestataire, Greenpeace a doublé son opération d'un travail de terrain plus documentaire. L'ONG a capturé des images thermiques de trottoirs, de quais de station, de chantiers et d'aires de jeux pour enfants à travers Londres. Les résultats sont éloquents : à Piccadilly Circus, Oxford Circus et Regent Street, la température au sol a atteint 56 °C (135 °F). Un chiffre qui rend palpable l'idée qu'une canicule ne se lit pas seulement dans les statistiques météo mais qu'elle s'incruste littéralement dans la ville, dans le béton d'une aire de jeu, dans le quai où on attend un train de 21 h.

Nommer un responsable, sans procès

Ce n'est pas la première fois que Greenpeace prend Shell pour cible. En désignant l'entreprise pétrolière comme « sponsor » de la vague de chaleur, l'ONG ne cherche pas un procès, elle cherche un raccourci sémantique. Dans un débat climatique dominé par les concepts (le CO₂, les scopes, les milliards de tonnes), Greenpeace choisit de nommer un acteur précis. Investir les lieux les plus fréquentés de la capitale (le métro londonien porte des millions de passagers par jour) permet de multiplier la friction : difficile de sortir de son quai sans avoir croisé au moins un panneau détourné. La signature reste sobre : Greenpeace ne se met pas en scène. Elle rebaptise, elle date la responsabilité, elle laisse filer.